Les agriculteurs du nord de la France ont produit cette année une quantité nettement supérieure de pommes de terre frites. Conjuguée à d'excellents rendements à l'hectare, cette hausse se traduit par une récolte 16 % plus abondante. C'est ce que révèle une enquête menée par les organisations françaises de la pomme de terre, l'UNPT et le CNIPT. Le rendement est donc supérieur aux estimations du ministère de l'Agriculture.
Le mois dernier, Agreste, l'agence nationale de statistiques agricoles, a revu à la baisse ses estimations concernant la récolte de pommes de terre, la jugeant inférieure de 200 000 tonnes aux prévisions initiales en raison d'un ajustement des surfaces cultivées. Dans sa dernière estimation, publiée mi-décembre, ces surfaces restent à 196 000 hectares, arrondies à la surface supérieure pour les pommes de terre de consommation. La récolte totale s'élève ainsi à 8,32 millions de tonnes, soit une hausse de 11,3 % par rapport à 2024 et même un quart de plus que la moyenne quinquennale.
Plus d'hectares
L'UNPT (Union nationale des producteurs de pommes de terre) et la CNIPT (Confédération nationale des producteurs de pommes de terre) ont mené une enquête auprès de leurs membres concernant la récolte de pommes de terre de cette année. Leurs résultats présentent des chiffres légèrement différents de ceux utilisés par le gouvernement. Ils publient également des chiffres par département. Les cinq principales zones de production, situées dans le nord, l'ouest et le centre de la France, représentent à elles seules près de 173 000 hectares. Le reste du pays représente 14 503 hectares supplémentaires, portant le total estimé par les deux organisations à 187 489 hectares. Cela représente une augmentation significative de 25 884 hectares, soit 16 %, d'ici 2024.
Cela concerne également les principales régions de production, où la superficie cultivée a augmenté de 16,4 %. On observe toutefois des disparités entre les départements. Par exemple, la production de pommes de terre en Picardie a progressé d'un quart, tandis qu'au Nord-Pas-de-Calais, elle a augmenté de 16 %. Avec 64 530 hectares, cette région demeure la plus importante, suivie de la Picardie avec 57 287 hectares.
Rendement à l'hectare inférieur
D'après les producteurs eux-mêmes, le rendement à l'hectare dans les principales zones de production s'établit en moyenne à 45 tonnes par hectare. Cela représente 800 kg de moins que la récolte de l'année dernière. Le volume total de la récolte atteint ainsi 7,79 millions de tonnes de pommes de terre, soit une hausse de 14,7 % par rapport à l'année précédente. À l'échelle de la France, les organisations estiment la production à 8,58 millions de tonnes.
Les rendements varient légèrement selon les départements, en fonction des conditions de culture. Par exemple, le rendement à l'hectare dans le Nord-Pas-de-Calais est inférieur de 4 % cette année (42,2 tonnes/ha), et celui de Champagne-Ardenne est également en baisse. À l'inverse, en Picardie, la récolte a augmenté en moyenne de 5 %.
La culture est trois fois plus rapide que la transformation.
La filière française de la pomme de terre nourrit de grandes ambitions en matière d'expansion de ses capacités de transformation. Cela nécessite davantage de pommes de terre : 5 % par an. Ces dernières années, les agriculteurs ont répondu en masse aux demandes des usines. Conjuguée à la faiblesse des prix des céréales et des betteraves, la production de frites est devenue une alternative intéressante. Par exemple, la superficie cultivée augmentera de 24 000 hectares (15,6 %) en 2024 et de 25 884 hectares (16 %) en 2025. La croissance des cultures sera donc trois fois supérieure à celle de la transformation, qui, soit dit en passant, est également en hausse. certainement pas mal!
Les agriculteurs de tout le pays ont semé davantage de céréales. Selon les chiffres du gouvernement, la superficie cultivée en blé a augmenté de 2,3 % pour atteindre 4,6 millions d'hectares, un chiffre comparable à la moyenne des cinq dernières années. La superficie cultivée en orge a progressé de 3,1 % pour s'établir à 1,23 million d'hectares, et celle en colza de 6,4 % pour atteindre 1,34 million d'hectares. Des conditions de semis favorables ont largement contribué à cette hausse.
Force est de constater qu'une correction significative est nécessaire à court terme (2026 et 2027) pour rétablir l'équilibre du secteur. Cela affectera d'une part les surfaces cultivées et les récoltes, et d'autre part la transformation et la demande de produits à base de pommes de terre. Les conséquences concrètes restent pour l'instant incertaines, car les usines n'ont quasiment encore signé aucun contrat.
Réduction du volume
D'après des sources internes, les premiers signes ne sont guère encourageants. Outre la baisse des prix, les volumes à livrer diminuent également. Cette situation affecte les producteurs de l'UE-4, mais probablement davantage encore dans certaines régions de France. Dans les cas les plus extrêmes, on parle d'une réduction de 50 % des volumes par producteur lorsque la distance de transport jusqu'à l'acheteur est importante et que la qualité des pommes de terre était auparavant insuffisante. Les options de stockage, de chargement à sec et de nettoyage influencent également les décisions des acheteurs.
C'est un coup dur pour les producteurs de pommes de terre du pays. Il y a à peine un an, tout semblait aller pour le mieux. Clarebout a construit une usine flambant neuve à Dunkerque et en a déjà augmenté la capacité une première fois. McCain modernise ses trois usines françaises depuis un certain temps. L'entreprise belge Ecofrost a entamé au printemps 2024 la construction d'une nouvelle usine de frites à Péronne, dont la mise en service est prévue en mars 2026, avec une capacité de 400 000 tonnes de frites par an. L'autre entreprise belge, Agristo, a temporairement suspendu la construction de sa nouvelle usine début octobre. Les travaux devraient reprendre prochainement.