Les transformateurs européens de pommes de terre prévoient de réduire considérablement leurs surfaces cultivées afin de mieux équilibrer l'offre et la demande de pommes de terre destinées à la fabrication de frites. Les modalités de cette réduction varient d'une entreprise à l'autre. C'est une mesure difficile à accepter, surtout pour celles situées loin de leurs clients.
De nombreuses incertitudes persistent quant aux méthodes de travail et aux contrats pour la campagne agricole 2026. La plupart des entreprises, à l'exception d'Agristo, n'ont pas encore communiqué officiellement leurs tarifs. Cependant, certaines ont organisé des réunions avec les agriculteurs, et leurs équipes sur le terrain sont également mobilisées pour leurs tournées de fin d'année. Ainsi, les agriculteurs prennent progressivement conscience des difficultés qui les attendent pour l'année à venir.
Collectif ou individuel
La plupart des producteurs de pommes de terre destinées aux frites reconnaissent que les surfaces cultivées actuelles dans les pays de l'UE-4 ne correspondent pas aux ventes du produit final, les frites. Mais lorsqu'il faut procéder à d'importantes coupes, c'est difficile à accepter. La manière dont le transformateur gère cette situation varie : certains optent pour une approche collective, d'autres pour une approche individuelle. Les deux sont possibles, avec par exemple une remise collective de 15 % sur le volume et une remise plus importante au niveau du producteur. Des pourcentages allant jusqu'à 50 % sont évoqués. Agristo a déjà annoncé lors de sa récente réunion avec les producteurs qu'elle appliquait une remise collective de 15 % sur le volume, comme indiqué dans l'ABS Aardappelpraatje.
Il est clair que les producteurs de pommes de terre situés plus loin des usines, en particulier, bénéficient de remises plus importantes, tant sur le prix que sur le volume. Aux Pays-Bas, cela signifie que les agriculteurs de Groningue et de Drenthe doivent faire des concessions. Cela concerne non seulement ceux qui ont fourni des frites aux entreprises belges ces dernières années, mais aussi les transformateurs néerlandais. Toute réduction des coûts de transport est privilégiée. Certains acheteurs choisissent également de répercuter ces coûts sur le producteur en lui accordant une remise sur le prix contractuel.
Éliminer les kilos des terres agricoles
Cette méthode n'est pas inhabituelle en soi. Prenons l'exemple de la culture de l'oignon, où les coûts de transport sont généralement plus faibles dans le nord des Pays-Bas. C'est nouveau pour la pomme de terre. Ces cinq dernières années, l'accent a été mis uniquement sur l'acquisition de nouvelles surfaces et l'augmentation des volumes, reléguant les coûts plus élevés au second plan. La situation a changé. Cela vaut également pour les cultures précoces dans des régions comme Bordeaux, où la culture est elle aussi abandonnée, voire totalement suspendue. Quoi qu'il en soit, la demande de pommes de terre est bien moindre pendant la saison des récoltes.
Un autre facteur déterminant est la qualité des produits des dernières années. Qu'avez-vous livré ? Cultivez-vous vos produits sur un sol sableux ou argileux ? Pouvez-vous les expédier et les stocker au sec ? Ce sont autant d'éléments qui influencent la décision de l'acheteur et le type de contrat qu'il proposera par la suite.
Outre une remise sur volume, les acheteurs néerlandais peuvent moduler le tonnage par hectare. En Belgique, ce n'est pas un problème avec les contrats à la tonne, mais il est courant de pouvoir fixer jusqu'à 40 tonnes par hectare à un prix fixe. Selon le type de sol, cela peut représenter 30 tonnes (argile) ou 25 tonnes (sable), d'après une source interne. Qu'ils possèdent ou non une plus grande superficie, le risque lié aux prix repose davantage sur l'agriculteur.
Clarebout et Simplot
Le rachat de Clarebout par Simplot pourrait donner un nouvel élan à l'entreprise. Ce groupe belge est le plus important transformateur européen, avec 4 000 producteurs affiliés et une capacité de transformation de trois millions de tonnes de pommes de terre par an, répartie sur cinq sites. Auparavant, Clarebout s'approvisionnait en matières premières auprès de négociants en pommes de terre, et l'avenir de cette collaboration sous la direction de Simplot reste incertain. Par ailleurs, les projets du nouveau propriétaire, qui dispose d'installations de production en Amérique du Nord et du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande, ainsi qu'en Chine, demeurent flous.
L'objectif de ces mesures est de réduire significativement la surface cultivée en pommes de terre dans les pays de l'UE-4. Une « réinitialisation » du secteur est fréquemment évoquée, comme l'a annoncé cet été Ferdinand Buffen, directeur de Weuthen. Dans une analyse de 10 changements critiques pour le marché de la pomme de terre Nous avons évoqué une réduction de 10 à 20 % de la surface nécessaire dans l'UE-4. Les acteurs du secteur citent effectivement une réduction de 15 % comme règle générale.
90.000 XNUMX hectares de moins
En appliquant ce pourcentage, la superficie cultivée en pommes de terre de consommation dans l'UE-4 (Pays-Bas, Belgique, France et Allemagne) atteindra 515 260 hectares en 2026, soit une baisse d'au moins 90 930 hectares. Cette superficie sera donc quasiment identique à celle de 2023, annulant ainsi les gains de croissance enregistrés ces deux dernières années.
Calculée sur la base d'un rendement moyen quinquennal de 42 tonnes par hectare dans l'UE-4, la récolte moyenne s'élève à 21,64 millions de tonnes de pommes de terre. Ce volume est quasiment identique à celui de 2022 et inférieur de 6 millions de tonnes à celui de cette année. Il est probablement légèrement inférieur à la demande, qui, compte tenu des capacités de transformation et des ventes actuelles, avoisine les 24 millions de tonnes. Ainsi, avec une récolte moyenne, la baisse de 15 % est largement suffisante. C'est toutefois une bonne nouvelle pour le prix de la pomme de terre en libre-service.
Culture gratuite
Reste à savoir si la soupe sera consommée aussi chaude. Par ailleurs, l'approvisionnement en plants de pommes de terre pour de nombreuses variétés ne devrait pas poser de problème pour la saison à venir. En théorie, cela permettrait une plus grande liberté de culture, à condition que les producteurs soient prêts à prendre le risque compte tenu des prix actuels et de l'incertitude du marché. Le rendement réel par hectare est donc lui aussi très incertain.