En ces temps incertains, les transformateurs freinent leurs activités, tandis que les producteurs de pommes de terre recherchent un maximum de stabilité. Cette controverse rend la mise en œuvre du plan de culture de cette année encore plus complexe que les années précédentes.
Ces dernières années, l'accent a été mis sur l'augmentation des possibilités de production de pommes de terre. Les transformateurs étaient tout à fait disposés à exploiter quelques hectares supplémentaires. Et là où l'espace était limité, les producteurs étaient prêts à prendre le risque de produire quelques pommes de terre de plus sans contrat préalable.
Les investissements considérables des transformateurs de pommes de terre dans l'augmentation de leurs capacités donnaient l'impression que tout allait pour le mieux. Les producteurs se sont empressés d'en profiter, car la culture de la pomme de terre s'est avérée très rentable ces dernières années. Et, en effet, il n'est pas si difficile de trouver quelques hectares supplémentaires, même si les terres sont moins adaptées ou si le prix du bail est un peu plus élevé que d'habitude.
Les concurrents ont été aidés à monter en selle.
L'année dernière, nous avons constaté une expansion soudaine et extraordinaire, notamment en France et en Allemagne, mais aussi en Belgique et aux Pays-Bas, où aucun effort ni dépense n'a été épargné pour accroître la production de pommes de terre. Les conséquences se sont avérées désastreuses : le marché des pommes de terre de plein air est resté au point mort toute la saison. Alors qu'une hausse des ventes de produits à base de pommes de terre était attendue, le marché s'est soudainement retrouvé à absorber moins de pommes de terre européennes. Les augmentations de prix de ces dernières années ont rendu les produits européens trop chers et ont permis à de nouveaux concurrents de prendre l'avantage.
Les transformateurs réduisent donc leurs contrats d'agriculture contractuelle. Les prix baissent, mais les volumes contractés diminuent également. Cette baisse des prix affecte tous les producteurs de pommes de terre, mais la réduction des volumes contractés a un impact plus important sur certains que sur d'autres.
Contrat allégé ou sans contrat
Plusieurs producteurs du nord et de l'est du pays ont été informés par leurs acheteurs qu'ils ne pouvaient plus compter sur un contrat pour la livraison de pommes de terre directement aux champs. De même, plusieurs grands producteurs du sud et de l'est du pays savent désormais qu'ils peuvent espérer des volumes bien moindres de la part de leurs acheteurs.
La plupart des producteurs sont encore dans l'incertitude. Ils doivent attendre de voir ce que l'avenir leur réserve. Des initiatives sont prises ici et là, mais rien n'est encore définitif. La saison est encore jeune, mais pour les producteurs qui restent dans l'expectative, il serait appréciable que les transformateurs accélèrent un peu le processus par rapport aux années précédentes.
Le transformateur belge Agristo a déjà ouvert ses portes. Après l'annonce l'an dernier d'une baisse des prix de 4 € les 100 kilos, les prix contractuels hebdomadaires et par variété ont été publiés cette semaine. Ceci s'applique également au prix des plants de pommes de terre.
En Belgique, des accords ont été conclus l'an dernier avec le Service public fédéral Économie afin de raccourcir le délai entre l'offre de contrat et sa conclusion. Les producteurs disposent de quinze jours pour répondre à une proposition, et le transformateur a ensuite un maximum de quinze jours pour signer le contrat. Il s'agit là d'un progrès significatif qui permet aux producteurs d'obtenir plus rapidement des informations claires.
Il est bon de suivre un bon exemple. L'espoir est donc que les contrats puissent être traités rapidement aux Pays-Bas également, éliminant ainsi l'incertitude pour les producteurs. La baisse des prix est frustrante, mais une fois qu'on en est informé, on peut décider soi-même de la marche à suivre. L'incertitude est bien pire.
La prudence est essentielle.
Il est clair que les producteurs souhaitent conserver une partie de leur production de pommes de terre sous contrat, malgré la baisse des prix. Cela n'a rien d'étonnant, car la forte hausse des coûts engendre des risques importants. Cette prudence se reflète également dans leur attitude : ils sont nettement plus circonspects cette année et hésitent davantage à louer des hectares supplémentaires. « On verra bien » est le mot d'ordre.
Les agriculteurs de la région frontalière constatent également une forte hausse des prix de location des terres agricoles en Allemagne. Un céréalier de la région d'Achterhoek mentionne notamment une augmentation de 1 400 € à 1 800 € par hectare. De ce fait, les loyers fonciers sont déconnectés des rendements plus faibles que les producteurs peuvent espérer des contrats de culture de pommes de terre. Cette situation renforce leur prudence. Ils espèrent que les terres seront disponibles à des prix plus abordables ultérieurement, car leurs confrères sont tous confrontés aux mêmes difficultés.