Il aura fallu du temps, mais après plus de 25 ans de négociations, l'Europe a finalement donné son feu vert à l'accord commercial du Mercosur avec l'Amérique du Sud. Cette décision a fortement déplu aux agriculteurs de pays comme la France et la Pologne. Parallèlement, le marché des céréales reste relativement stable. Le temps froid et sec apporte un certain soutien, mais les acheteurs jugent le niveau actuel trop élevé pour investir dans le blé.
Le contrat à terme sur le blé de mars au Matif a clôturé inchangé hier à 191,50 € la tonne. Le blé est également resté stable au CBoT à 5.18 $ le boisseau. Le maïs a légèrement reculé, clôturant en baisse de 0,5 cent à 4.46 $ le boisseau. Le soja a baissé de 0,5 cent à 10.47 $ le boisseau.
Les acheteurs de blé se montrent un peu plus prudents sur les marchés à terme. Les prix actuels n'incitent pas vraiment à l'achat, selon certains analystes. Les prévisions de froid pour l'Europe de l'Est et la région de la mer Noire alimentent cependant les craintes d'une accumulation de céréales pendant l'hiver. D'après les dernières prévisions, le mercure devrait baisser légèrement plus qu'anticipé en début de semaine. Ce froid est certes encourageant, mais les analystes n'anticipent pas d'accumulation massive de céréales pendant l'hiver.
Aux États-Unis, ce n'est pas le froid, mais la sécheresse qui pèse sur le moral. 42 % des surfaces cultivées en blé d'hiver sont touchées par la sécheresse, contre 40 % la semaine dernière et 24 % à la même période l'an dernier. Hier, la pluie a traversé les prairies du sud du pays, mais sinon, peu ou pas de précipitations sont attendues.

Le marché anticipe également le rapport Wasde, qui sera publié par l'USDA lundi soir (heure néerlandaise). Certains analystes prévoient une légère révision à la hausse des stocks de blé par l'USDA. La demande mondiale de blé est faible, mais les exportateurs américains semblent moins affectés que leurs homologues européens. Au cours de la semaine se terminant le 1er janvier, 82,1 % des exportations de blé estimées par l'USDA pour la campagne 2025/26 ont été réalisées. La moyenne quinquennale pour cette période est de 75,5 %. Pour le reste de la campagne, 127 000 tonnes par semaine doivent être exportées afin d'atteindre le total des exportations pour la campagne en cours.
Mercosur
En Europe, on pourrait affirmer que les agriculteurs se préoccupent moins des exportations que des importations. Des agriculteurs français ont défilé en tracteur dans Paris pour protester contre l'accord commercial du Mercosur entre l'UE et plusieurs pays d'Amérique du Sud. Dans plusieurs États membres européens, des agriculteurs craignent que cet accord n'inonde l'Europe de produits agricoles bon marché en provenance d'Amérique du Sud, cultivés selon une réglementation moins stricte qu'en Europe.
Les manifestations n'ont toutefois eu que peu d'effet. Ce matin, les États membres européens ont voté massivement en faveur du traité. La France, la Pologne, l'Irlande, l'Autriche et la Hongrie ont voté contre, et la Belgique s'est abstenue. L'Italie ayant renoncé à son opposition après avoir reçu des assurances de Bruxelles, une majorité s'est prononcée en faveur du Mercosur. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait se rendre en Amérique du Sud la semaine prochaine pour signer le traité.
La course d'Ursula von der Leyen n'est toutefois pas encore terminée. Le Parlement européen pourrait encore retarder ou bloquer la mise en œuvre du traité. Les eurodéputés français, notamment, pourraient se montrer actifs dans les prochains mois. Le président français Emmanuel Macron est engagé dans une lutte acharnée avec Marine Le Pen pour gagner les faveurs des électeurs ruraux. Le soutien dont bénéficie son gouvernement est fragile et, maintenant que l'Europe a voté en faveur du traité, les experts estiment que cela pourrait entraîner une motion de censure contre le gouvernement français au Parlement.