Un événement réjouissant, certes, mais pas une solution miracle. Plutôt une étape nécessaire. C'est ainsi que les agences de notation Fitch et Standard & Poor's, entre autres, perçoivent la fusion entre FrieslandCampina et Milcobel. Fitch estime même que les performances financières de l'entreprise fusionnée seront initialement légèrement affectées.
Les producteurs laitiers membres auront sans doute un avis différent, mais ils pourraient bien partager l'analyse de Fitch. Si le chiffre d'affaires devrait progresser d'environ 12 %, la contribution de Milcobel à la marge reste relativement faible, comme le soulignent les analystes de Fitch dans leur rapport de novembre. Par conséquent, le bénéfice devrait initialement diminuer. L'acquisition récente de Wisconsin Whey Protein est plus prometteuse pour les résultats, à condition que le prix d'achat n'ait pas été excessif.
Paix et direction
FrieslandCampina a traversé des années difficiles. L'entreprise a connu d'importantes restructurations, des cessions d'actifs et plusieurs changements de cap, mais elle a pris du retard sur ses concurrents ces dernières années. Des entreprises comme Arla, Lactalis, Müller et, plus près de chez elle, A-ware, ont obtenu de meilleurs résultats.
Avec Sybren Attema à la présidence et Jan Derck van Karnebeek à la direction générale, l'entreprise semble avoir retrouvé le cap. Le climat est plus serein, la vision de chacun est partagée et l'activité se concentre désormais sur des actions concrètes, au-delà des simples ajustements financiers.
Sécuriser l'approvisionnement
La fusion avec Milcobel permet avant tout de sécuriser l'approvisionnement et de maintenir les parts de marché, aussi paradoxal que cela puisse paraître à l'heure où la disponibilité du lait représente davantage un fardeau qu'un atout. Toutefois, ce dernier point n'est qu'un problème conjoncturel. Structurellement, l'offre de lait devrait diminuer, notamment en Europe du Nord-Ouest. Les restrictions pesant sur l'agriculture, la faible rémunération des agriculteurs, la diminution du nombre d'exploitations et les coûts de production élevés en sont quelques-unes des causes. Milcobel constitue donc un véritable atout, même si FrieslandCampina recherchait initialement des partenaires plus importants. Les occasions d'acquérir un nombre significatif de fournisseurs d'un seul coup sont devenues rares.
De la répulsion à l'attraction
Cette situation risque d'être amère pour certains producteurs laitiers, notamment en Belgique, même si la hausse du prix du lait (espérons-le pour eux) après la fusion devrait compenser. Il y a à peine dix ans, FrieslandCampina cherchait désespérément à se débarrasser de nombreux fournisseurs belges. FrieslandCampina Belgique a dû se restructurer et a tenté de vendre plus de 440 agriculteurs à Milcobel. Milcobel s'est montré réceptif, mais l'idée n'a pas fait l'unanimité parmi les agriculteurs concernés.
Un nombre important d'agriculteurs sont partis chez d'autres transformateurs. Lorsque FrieslandCampina a vendu sa production de poudre à Aalter à A-ware en 2020 et a également commencé à recruter des éleveurs laitiers, l'entreprise a su tirer profit de la déception de nombreux agriculteurs flamands. La situation s'est aujourd'hui quasiment inversée. FrieslandCampina est de nouveau pleinement opérationnelle.
Tendance riche en protéines
Milcobel ne se contente pas de produire du lait. La production de fromage, et surtout de lactosérum, est un atout appréciable, même s'il reste probablement quelques négociations à mener avec Arla. Après tout, une grande partie du lactosérum de Milcobel est actuellement destinée à cette entreprise.
Le lactosérum est (une fois de plus) le nouvel or des produits laitiers, même si ce produit était déjà à la base du succès des aliments pour bébés de FrieslandCampina. C'est principalement la tendance des aliments riches en protéines qui alimente la forte demande en lactosérum. Pour ce faire, le lactosérum issu du fromage doit d'abord être concentré et transformé en concentré de protéines de lactosérum (WPC) et en isolat de protéines de lactosérum (WPI). Le WPC80 se vend actuellement entre 13 000 et 14 000 € la tonne, et le WPI90, selon ses spécifications précises, jusqu'à plus de 24 000 € la tonne. Ces WPC et WPI sont utilisés en nutrition sportive, en nutrition médicale et dans l'alimentation de groupes cibles spécifiques, comme les personnes âgées. Ils jouent également un rôle important dans l'alimentation des personnes suivant un traitement médicamenteux pour la perte de poids.
Rattraper le retard
Avec l'intégration de Milcobel et de Wisconsin Whey Proteins, FrieslandCampina peut progresser sur le marché du lactosérum et réduire son écart avec des entreprises comme Arla. Cependant, FrieslandCampina ne se limite pas au lactosérum. L'entreprise reste solidement implantée dans le secteur fromager, mais excelle également dans la nutrition infantile et propose une large gamme de produits laitiers sur les marchés asiatiques, arabes et africains. En revanche, sur le marché européen des produits laitiers « blancs », elle est moins performante qu'Arla. Cette nouvelle dynamique chez FrieslandCampina ouvre de nouvelles perspectives et de nouveaux objectifs. La fusion avec Milcobel pourrait constituer un tremplin important à cet égard. C'est également une bonne nouvelle pour les producteurs laitiers membres, même si les membres de Milcobel devraient être les premiers à constater les progrès. En effet, leur ancienne coopérative connaissait des difficultés depuis un certain temps. Les membres de FrieslandCampina doivent considérer les avantages de cette fusion sur le long terme.