Au cours des deux prochaines années, la surface disponible pour la fertilisation diminuera beaucoup plus rapidement que la production de fumier. Cela créera d'importantes difficultés pour les éleveurs et le marché du fumier. La ministre de l'Agriculture, Femke Wiersma, fait donc preuve de beaucoup de sagesse en ralentissant légèrement la diminution de la surface disponible pour le dépôt de fumier dans les zones où la qualité de l'eau est bonne.
Entre 2024 et 2026, la capacité d'épandage de lisier diminuera de près de 60 millions de kilos d'azote (passant de 338 à 280 millions de kilos). Elle ne diminuera ensuite que de 7 millions de kilos d'azote jusqu'en 2035. Ces chiffres proviennent de l'analyse d'impact réalisée par le cabinet de conseil Schuttelaar & Partners. Ce cabinet a étudié les effets du projet de loi relatif à l'épandage responsable de lisier sur le marché.
Le déclin du cheptel devrait être plus progressif, avec pour objectif 2035. Ce processus pourrait s'accélérer, mais certainement pas aussi rapidement que la diminution de la capacité d'épandage de fumier sur deux ans.
Interdiction des livraisons
Dans son analyse, Schuttelaar néglige les conséquences sur la distribution de fumier sur de longues distances. Or, ce projet de loi aurait des répercussions importantes pour les éleveurs des régions d'Achterhoek, de Veluwe, de Twente et de Salland, ainsi que pour ceux situés plus au sud. Si le projet de loi est intégré à la loi sur les engrais, une grande partie du fumier produit par ces éleveurs ne pourra plus être livrée aux agriculteurs du nord des Pays-Bas. Une grande partie de ce fumier est transportée sur des distances supérieures à 100 kilomètres et traverse les régions productrices de fumier du Centre, du Sud et du Nord. Le projet de loi vise précisément à interdire cette pratique.
Il y a dix ans, près de 1,5 million de tonnes de lisier étaient transportées sur de longues distances, rien que dans les régions de Veenkoloniën et d'Oldambt. Des dizaines de milliers de chargements de lisier ont remplacé des millions de kilos d'engrais chimiques pendant des années. La quantité exacte de lisier est facilement vérifiable grâce aux lieux de chargement et de déchargement indiqués sur les certificats de transport de lisier (rVDM). Schuttelaar n'a pas mené d'enquête à ce sujet.
Il apparaît désormais clairement que le marché du fumier est délibérément instrumentalisé pour réduire le cheptel, à commencer par les régions agricoles socialement responsables de Gueldre et d'Overijssel. L'époque d'une politique du fumier viable et abordable semble révolue.
Verrouillé
Le marché du fumier ne devrait pas servir de solution miracle pour l'assainissement de l'environnement. Les entrepreneurs de ce marché non plus. Lorsque les ventes de fumier deviennent trop incertaines et les risques trop importants, le marché du fumier se retrouve privé de nouvelles ressources. La cause n'est pas tant la situation insoutenable du marché lui-même, mais plutôt l'incapacité à trouver un équilibre durable entre l'offre de fumier et la capacité de vente.
Il faut du recul
Les initiatives prometteuses visant à accroître le traitement (et la méthanisation) et l'exportation du fumier, ainsi que le projet Renure, sont vouées à l'échec si les perspectives du marché du fumier ne s'améliorent pas rapidement. Il est impératif d'assurer une transition fiable et sereine jusqu'à la mise en œuvre de ces initiatives. La distribution de fumier sur de longues distances, canal de vente éprouvé et fiable, constitue un maillon essentiel. Il ne faut pas la freiner.
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