Le yen japonais se déprécie à un rythme alarmant, sur fond de difficultés économiques croissantes et de tensions géopolitiques. Des chiffres récents et une déclaration controversée du Premier ministre Takaichi exercent une pression supplémentaire sur une monnaie traditionnellement considérée comme une valeur refuge.
La forte baisse des cours des actions technologiques sur les marchés boursiers américains la semaine dernière a suscité des interrogations quant à l'éclatement imminent de la bulle de l'intelligence artificielle. Parallèlement, la dépréciation continue du yen japonais sur le marché des changes est particulièrement visible. À l'instar du franc suisse, cette devise figure parmi les valeurs refuges en période d'incertitude financière. Deux raisons expliquent la relative invisibilité de ce phénomène ces dernières semaines. Premièrement, l'incertitude quant aux prochaines décisions de la banque centrale s'est considérablement accrue suite à la publication des indicateurs économiques. La semaine dernière, il a été annoncé que l'économie japonaise s'était contractée de 1,8 % sur un an. L'inflation, à 3 %, était légèrement inférieure aux prévisions.
Prends soin de toi
La banque centrale vise à stimuler la croissance économique et à maintenir l'inflation autour de 2 %. Les chiffres récents indiquent qu'une hausse des taux d'intérêt n'est pas réellement nécessaire pour le moment. Depuis début 2024, le taux directeur est passé de -0,1 % à 0,5 %. Un taux d'intérêt plus élevé rend les actifs libellés en devise plus attractifs. Le Japon a l'avantage d'être la seule grande économie développée où les taux d'intérêt sont en nette hausse. La perspective d'un ralentissement significatif de cette hausse, suite aux chiffres récents, pèse clairement sur le yen. Ceci s'applique également, soit dit en passant, à une déclaration quelque peu malheureuse du nouveau Premier ministre japonais.
Avertissement de voyage
Sanae Takaichi dirige le Parti libéral-démocrate (PLD), principal parti du pays, depuis un mois. Avant sa nomination comme première femme Première ministre du Japon, elle a insisté sur sa volonté de mener une politique financière saine et a affirmé être différente de Liz Truss. La Première ministre britannique s'était attaquée à la livre sterling en 2022 en présentant un budget d'automne fortement déficitaire. Pourtant, Takaichi a considérablement affaibli le yen. Non pas à cause d'un budget mal conçu, mais suite à une déclaration concernant Taïwan. Selon elle, une attaque chinoise contre ce pays pourrait constituer une menace existentielle pour le Japon, ce qui pourrait inciter ce dernier à s'engager dans un conflit militaire. Cette déclaration a donc profondément marqué la Chine, qui a déjà émis un avertissement aux voyageurs déconseillant le Japon.
Relation trouble
Au cours des dix premiers mois de l'année, le nombre de touristes chinois a augmenté de plus de 40 %, atteignant 8 millions. Des relations tendues avec ce grand voisin, qui représente près d'un cinquième des exportations japonaises, pourraient peser lourdement sur l'économie japonaise. Des discussions sont actuellement menées en coulisses pour normaliser ces relations. Cependant, le yen est aujourd'hui tellement sous pression qu'il semble inévitable que la Banque du Japon intervienne prochainement pour soutenir sa monnaie par des achats de liquidités. Ces trois dernières années, le yen a déjà réussi à se redresser à plusieurs reprises. Compte tenu de la solidité sous-jacente de l'économie japonaise et de la perspective d'une hausse des taux directeurs en 2026, malgré un contexte économique défavorable, il serait imprudent de parier contre le yen actuellement.
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