Le yen japonais surprend le monde des changes par une appréciation soudaine, malgré un contexte politique et des taux d'intérêt défavorables. Les élections, les inquiétudes liées à la dette publique et les signaux émis par les banques centrales laissent présager un renversement de tendance imminent.
Le yen a fortement perturbé le marché des changes ces derniers jours. La devise est sous pression depuis un certain temps en raison des taux d'intérêt extrêmement bas imposés par la Banque du Japon (BoJ). Il y a deux ans, le taux directeur était négatif, mais il est désormais tombé à 0,75 %. Malgré la baisse du taux d'intérêt américain de 5,5 % à 3,75 % durant cette période, détenir des actifs en dollars reste nettement plus avantageux qu'en yens. De nombreux investisseurs empruntent à faible coût au Japon pour investir et obtenir un meilleur rendement dans des pays comme les États-Unis.
La dette nationale sous les projecteurs
Cette opération de portage a entraîné une chute de 10 % du yen face au dollar depuis le printemps 2025. Sur les cinq dernières années, cette dépréciation atteint 35 %. L'incertitude politique constitue un autre facteur de pression à la baisse sur le yen. La Première ministre Sanae Takaichi a convoqué des élections anticipées. Elle espère obtenir un mandat plus large lors du scrutin du 8 février, après la cuisante défaite du PLD, dirigé par son prédécesseur Shigeru Ishiba, fin 2024. Mme Takaichi mobilise les électeurs en promettant une réduction de la TVA et une réforme du système de sécurité sociale. Les cambistes s'inquiètent particulièrement de la dette publique, déjà colossale, qui risque de s'aggraver encore.
Huile sur le feu
Malgré un contexte de taux d'intérêt défavorables et de tensions politiques, le yen s'est apprécié de plus de 2 % face au dollar vendredi dernier. Cette hausse a probablement été alimentée par les achats de soutien de la Banque du Japon. La banque centrale se montre réticente à voir le dollar dépasser les 160 yens. Parallèlement, la Réserve fédérale américaine a visité les principales banques américaines afin d'évaluer leurs avoirs en yens. Sur les marchés des changes, cette démarche a été interprétée comme un signal indiquant que les États-Unis souhaitaient également faire baisser le dollar face au yen. De nombreux opérateurs s'étaient positionnés en prévision d'une nouvelle dépréciation de la devise japonaise. Afin de limiter les pertes, une grande partie de ces positions ont été liquidées, contribuant ainsi à la hausse du yen.
Signal d'alarme pour le yen
Les achats de soutien constituent, certes, un fondement quelque peu fragile pour une reprise structurelle. Mais il y a de fortes chances que la chute libre du yen prenne progressivement fin. Peu après son accession à la tête du parti, Takaichi a insisté sur son engagement en faveur d'une politique financière saine. De plus, une part importante des obligations d'État japonaises est détenue par la Banque du Japon, qui peut absorber tout choc. La hausse de l'inflation et la faiblesse du yen laissent présager une hausse du taux directeur en 2026. La Réserve fédérale, quant à elle, semble se préparer à deux baisses de taux d'intérêt. Avec un écart de taux d'intérêt qui se réduit et une diminution des risques politiques après le 8 février, les obstacles pesant sur le yen devraient s'atténuer. Le rebond soudain de la semaine dernière constitue donc un signal d'alarme : la devise pourrait effectivement emprunter une autre voie.
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