Les marchés financiers sont ébranlés par l'opération Epic Fury, mais la hausse spectaculaire du dollar reflète moins les craintes géopolitiques que la situation du pétrole. Cette reprise inattendue est-elle vraiment si solide ?
L'opération Epic Fury a de fortes répercussions sur les marchés financiers. Les prix du pétrole s'envolent, les actions à risque sont en chute libre et, sur le marché des changes, les investisseurs se réfugient vers des valeurs sûres comme le yen japonais, le franc suisse et le dollar américain. Ce dernier a été le grand gagnant lundi matin. Lors de précédents chocs géopolitiques, le yen et surtout le franc s'étaient distingués à cet égard. Les acteurs financiers semblaient se détourner davantage du dollar compte tenu des politiques commerciales imprévisibles du président Donald Trump. La hausse impressionnante de lundi dernier soulève la question de savoir si la donne a soudainement changé. La réponse est non. La progression du dollar n'est pas tant due à l'incertitude géopolitique croissante qu'à la hausse du prix du pétrole.
Principaux enseignements de la hausse du dollar
Les économies de la Suisse, du Japon et de la zone euro sont fortement dépendantes des importations d'énergie. Les États-Unis, en revanche, sont devenus l'un des plus grands exportateurs de pétrole au cours de la dernière décennie. D'une part, cela offre un enseignement précieux à l'Europe quant à l'importance de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis des fournisseurs extérieurs. Mais si l'on considère le marché des changes sous cet angle, il y a de bonnes raisons de s'interroger sur la vigueur de la reprise du dollar. Ces doutes sont d'autant plus marqués que la hausse du franc suisse a été freinée en début de semaine par les allusions de la banque centrale à une possible intervention sur le marché des changes. Le yen a connu des difficultés, la Banque du Japon ayant ralenti le rythme de ses hausses de taux d'intérêt.
Juin 2025, ça recommence ?
Bien que Trump ait brièvement laissé entendre qu'une opération terrestre en Iran était possible et ait affirmé que la plus grande vague d'attaques était encore à venir, le scénario le plus probable est que les États-Unis et Israël annonceront d'ici une à deux semaines avoir atteint leurs objectifs. Ce serait une répétition de l'attaque de juin 2025 contre les installations nucléaires iraniennes. À l'époque, les prix du pétrole avaient également flambé, avant de retomber à leurs niveaux initiaux lorsque les avions de chasse sont restés cloués au sol. Si un tel scénario se reproduit, le dollar semble vulnérable. Le nombre de positions courtes, par lesquelles les traders spéculent sur une baisse du dollar, a fortement augmenté ces derniers mois. L'une des raisons est que le candidat de Trump, Kevin Warsh, succédera à Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale en mai.
Bon pour l'économie, moins bon pour le dollar
Trump et Warsh semblent tous deux déterminés à abaisser le taux directeur. C'est positif pour l'économie américaine, mais moins favorable au dollar. De plus, de nombreux pays restent préoccupés par l'influence considérable que les États-Unis exercent sur le système financier international via le dollar. La part du dollar dans les réserves mondiales a chuté de 71 % à 57 % depuis 2001. Il faudra encore du temps avant qu'une autre monnaie puisse rivaliser avec le dollar. Mais si le conflit en Iran prend fin et que les prix du pétrole baissent, le dollar pourrait être bien plus vulnérable que ne le laisse supposer sa récente appréciation.
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