Je constate une image persistante, tant en politique que dans une grande partie de l'opinion publique, du secteur agricole comme un problème. Trop d'azote, trop d'émissions, une utilisation excessive des terres. Mais tandis que le débat s'enlise dans la recherche des causes de ces problèmes, une autre dynamique s'opère dans les campagnes. Là-bas, les agriculteurs s'attellent déjà à la transition énergétique. Pourtant, les décideurs politiques et les citoyens y prêtent à peine attention.
En parcourant les Pays-Bas, on le remarque immédiatement : des panneaux solaires sur les toits des granges, des éoliennes en bordure des champs et, de plus en plus souvent, des installations de transformation du fumier en biogaz. Il ne s’agit pas de projets d’avenir, mais d’initiatives déjà bien établies. L’agriculteur est déjà à l’œuvre.
Et cela n'a rien d'étonnant. Les agriculteurs sont des entrepreneurs. Ils raisonnent en termes d'opportunités, et non de contraintes. Ils possèdent notamment l'espace, les ressources et le savoir-faire pratique nécessaires pour allier production d'énergie et production alimentaire. Dans un pays où chaque mètre carré compte, c'est une nécessité absolue.
Pourtant, quelque chose cloche. Car si les agriculteurs souhaitent investir dans les énergies renouvelables, ils se heurtent à des obstacles insurmontables. Le réseau électrique est saturé. Les autorisations sont interminables. Les subventions fluctuent au gré des caprices de la météo. Le message du gouvernement est contradictoire : devenir plus durables, mais surtout, pas trop vite et pas trop.
C'est une occasion manquée. La transition énergétique exige des solutions à proximité des lieux de production et de consommation d'énergie. Or, c'est précisément là que réside la force du secteur agricole. Les agriculteurs peuvent produire, stocker, réutiliser et utiliser l'énergie dans leurs activités.
Cela soulève également une question plus vaste : comment percevons-nous le rôle de l’agriculteur aux Pays-Bas ? Pour moi, c’est évident : si nous continuons à considérer l’agriculteur comme un problème, aucune solution ne se concrétisera. En revanche, si nous le percevons comme un partenaire du changement, notre vision évolue.
La transition énergétique n'est pas un projet exclusivement urbain. Elle se déroule aussi, bien sûr, dans les campagnes, au milieu des granges, des champs et des prairies. Il est peut-être temps de cesser de pointer du doigt uniquement les agriculteurs et de reconnaître tout ce qui est déjà en train de se produire.
L'ironie est flagrante. Pendant que les Pays-Bas cherchent des solutions, ils sont déjà dos au mur.
Cet avis fait partie de la Spécial Énergie de Boerenbusiness.
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