ForFarmers se porte bien. Très bien, même, et bien mieux que ce qu'espéraient ses amis comme ses détracteurs. Depuis deux ans, les résultats trimestriels s'améliorent régulièrement, ce qui surprend probablement même le siège de Lochem. Conclusion : après des années difficiles, tout semble enfin se mettre en place. Cependant, la situation reste fragile, car la conjoncture favorable du marché commence à s'affaiblir.
L'EBITDA enregistré par ForFarmers pour l'ensemble de l'année 2024 était de 100 % à la fin de l'exercice. le dernier kilomètre C’est déjà acquis. Le meilleur résultat jamais enregistré est donc à portée de main. Le seuil des 10 millions de tonnes sera également franchi à nouveau en 2025, un niveau atteint pour la dernière fois en 2019. Ceci est dû, bien sûr, en grande partie à l’acquisition de Van Triest, qui a permis d’acheter environ un million de tonnes l’année dernière. Cette acquisition contribue également à améliorer la rentabilité, faisant d’une pierre deux coups.
Prix élevé du lait
ForFarmers parvient également à accroître ses volumes de manière organique, après un recul significatif de -6,8 % et -5,2 % en 2022 et 2023 respectivement. Cette croissance est due en partie à l'arrivée de nouveaux clients, et les clients existants augmentent également leur consommation d'aliments pour animaux. Ce phénomène est indissociable du prix élevé du lait ces derniers mois. La production laitière sur les marchés nationaux a explosé cet été, notamment aux Pays-Bas (+6,9 %), en Allemagne (+5 %), au Royaume-Uni (+7,4 %) et en Pologne (+5,7 %). Par ailleurs, en Pologne, l'abattage de nombreux poulets de chair a repris après une perturbation de la production due à la grippe aviaire. Cette situation contribue également à la croissance des ventes d'aliments composés.
Marchés des matières premières favorables
Les marchés des matières premières sont également favorables à ForFarmers. Dans un marché où les prix des aliments pour animaux ont connu une baisse quasi continue ces dernières années, il est devenu plus facile pour les fabricants d'aliments pour animaux de maintenir leurs marges. Si la concurrence pour attirer les clients exige des prix compétitifs, cela est plus facile à gérer sur un marché baissier. De plus, les résultats bénéficient des économies réalisées ces dernières années. Des usines ont été fermées et d'importantes réductions ont été opérées au niveau de l'encadrement. Ces mesures constituent un atout supplémentaire.
Pourtant, ces résultats positifs ne sont pas le fruit du hasard. La nouvelle direction a clairement opté pour un contrôle plus local afin de mieux appréhender les réalités des entreprises régionales. De plus, la direction a fait des choix stratégiques (géographiques) judicieux. La cession de ses activités en Belgique et le recentrage sur le marché polonais en pleine croissance se sont avérés pertinents. Ces dernières années, l'entreprise s'est également orientée vers l'élevage de volailles et l'utilisation des flux résiduels dans ses formules et rations. La forte dépendance traditionnelle de ForFarmers aux ventes d'aliments composés pour l'élevage porcin néerlandais a diminué. Il en résulte une croissance organique significative, principalement due aux ventes d'aliments et de sous-produits pour volailles.
Pour l'ensemble de l'année 2025, ForFarmers devrait présenter d'excellents résultats en février, avec probablement un EBITDA record. Cependant, l'avenir reste incertain. Les perspectives sont floues.
Les marchés se tournent
Les prix des matières premières ont légèrement augmenté depuis l'été, ce qui devrait bientôt mettre un terme à la baisse des prix des aliments composés. La marge supplémentaire générée par la baisse des prix des matières premières est donc temporaire. Par ailleurs, l'effondrement actuel du prix du lait est préoccupant. Cette situation incite les éleveurs laitiers à réduire leur production. La seule solution est de diminuer la consommation d'aliments ou d'envoyer des vaches à l'abattoir. Le coup de grâce porté au programme de suppression progressive des aliments dans le secteur porcin se fera également sentir au quatrième trimestre, lorsque les dernières exploitations participantes seront à bout de souffle.
De plus, les effets des économies réalisées ne se refléteront plus dans les résultats financiers de 2026. Par ailleurs, ForFarmers n'a procédé à aucune acquisition majeure susceptible de doper ses résultats, contrairement à Van Triest l'an dernier. Le programme de cessation volontaire d'exploitations d'élevage devrait être mis en place au printemps 2026, et le nombre de vaches aux Pays-Bas continuera donc de diminuer. En outre, la grippe aviaire se propage rapidement à nouveau cet automne, ce qui pourrait entraîner une chute brutale des effectifs dans le secteur avicole. En bref : l'effet de ce « coup de pouce » pourrait bien s'être dissipé. Le contexte politique aux Pays-Bas, principal marché d'exportation, demeure également incertain avec l'arrivée imminente d'un nouveau gouvernement.
Le cours ne dure pas.
C’est peut-être aussi pourquoi le cours de l’action de ForFarmers, malgré les bons résultats des derniers trimestres, reste quelque peu sous-évalué. Avec un EBITDA plus faible, le cours aurait plus que doublé il y a quelques années. Malgré des rapports d’analystes positifs, les investisseurs semblent hésiter à investir dans une entreprise opérant sur des marchés en contraction et aux marges réduites. Cette valorisation reflète les craintes d’un plafonnement des bénéfices, tandis que la croissance des volumes dans le secteur de l’élevage en Europe occidentale demeure soumise à des pressions structurelles.